Quand le sang et l’amiante servaient à fabriquer un substitut au "caoutchouc"

L’histoire de l’amiante industriel réserve parfois des découvertes étonnantes. Le 7 juillet 1868, l’inventeur américain Samuel Whitmarsh, obtient un brevet américain pour une composition destinée à fabriquer des objets moulés ou revêtus. La particularité de cette invention tient à sa formulation : le matériau associe de l’amiante à du sang provenant d’abattoirs, éventuellement complété par de l’argile, de l’ardoise pulvérisée ou d’autres matières minérales. Une fois mélangé, façonné puis chauffé, le produit devait devenir dur, imperméable et susceptible de recevoir un polissage. Samuel Whitmarsh lui donna le nom d’« agatite ».

Le 22 juillet 2026

Image produit

1868 : le brevet oublié qui associait le sang et l’amiante pour fabriquer de l’« agatite »

Temps de lecture estimé : 4 minutes — Catégorie : Histoire de l’amiante / Technique

L’histoire de l’amiante industriel réserve parfois des découvertes étonnantes. Le 7 juillet 1868, l’inventeur américain Samuel Whitmarsh, établi à Northampton dans le Massachusetts, obtient le brevet américain n° 79 794 pour une composition destinée à fabriquer des objets moulés ou revêtus.

La particularité de cette invention tient à sa formulation : le matériau associe de l’amiante à du sang provenant d’abattoirs, éventuellement complété par de l’argile, de l’ardoise pulvérisée ou d’autres matières minérales. Une fois mélangé, façonné puis chauffé, le produit devait devenir dur, imperméable et susceptible de recevoir un polissage. Samuel Whitmarsh lui donna le nom d’« agatite ».

Un brevet emblématique des premières applications industrielles de l’amiante

La première page du brevet présente les dessins techniques de plusieurs objets pouvant être réalisés avec cette composition : une moulure, une pièce cylindrique et un bouton. Le brevet ne concerne donc pas seulement un matériau de construction, mais une substance présentée comme suffisamment polyvalente pour être moulée, appliquée en revêtement ou transformée en plaques.

Sur la deuxième page, Samuel Whitmarsh décrit une composition mêlant du sang et de l’amiante, avec ou sans ajout de matières minérales.

Le produit pouvait être utilisé sous plusieurs formes :

  • appliqué au pinceau comme un revêtement ;
  • employé comme imitation de placage ;
  • laminé sous forme de feuilles ;
  • moulé pour fabriquer des objets ;
  • utilisé comme substitut de certains matériaux, notamment le caoutchouc dur.

Le brevet évoque notamment la fabrication de meubles, boutons, manches de couteaux, étuis, ardoises de toiture et objets moulés. Cette diversité témoigne de l’intérêt industriel alors porté à l’amiante pour sa résistance à la chaleur et sa capacité à renforcer différentes préparations.

Une formulation composée de sang, d’amiante et de matières minérales

La recette décrite dans le brevet repose sur environ une livre et demie de sang animal pour une livre d’amiante. Une partie de l’amiante pouvait être remplacée par de l’argile de Chine, de l’ardoise broyée ou une autre matière minérale pulvérisée.

L’ensemble devait ensuite être soigneusement broyé et mélangé. La composition pouvait être appliquée directement, coulée dans des moules, laminée ou façonnée avant son durcissement.

Le recours au sang n’était pas présenté comme anecdotique. Ses constituants protéiques jouaient vraisemblablement le rôle de liant, tandis que les fibres d’amiante et les charges minérales apportaient de la structure et de la résistance au produit final.

Un chauffage à environ 177 °C pour obtenir un matériau dur et imperméable

La troisième page du brevet précise que la composition devait être exposée à une température d’environ 180 degrés Celsius.

Selon l’inventeur, ce traitement thermique permettait d’obtenir un matériau :

  • dur ;
  • imperméable ;
  • résistant ;
  • apte à recevoir un polissage ;
  • susceptible d’être fabriqué plus rapidement et à moindre coût que le caoutchouc dur.

Samuel Whitmarsh considérait que son matériau possédait une dureté comparable à celle d’une pierre. C’est cette caractéristique qui l’aurait conduit à choisir le nom d’agatite, en référence à l’agate.

Un témoignage sur la perception ancienne de l’amiante

Ce brevet constitue un document révélateur de la manière dont l’amiante était perçu au XIXe siècle. Il apparaissait alors comme une matière première innovante, capable d’améliorer la résistance au feu, la dureté et l’imperméabilité de nombreux produits.

L’usage de l’amiante dans une composition destinée à des boutons, des moulures ou des accessoires montre également que ses applications ne se limitaient pas aux bâtiments, aux calorifuges ou aux équipements industriels. Les fibres pouvaient être intégrées dans des objets courants, parfois sans être visibles à l’œil nu.

Cette réalité historique permet de mieux comprendre pourquoi les matériaux et produits contenant de l’amiante rencontrés aujourd’hui peuvent présenter des formes extrêmement diverses. La recherche documentaire, l’étude des procédés de fabrication anciens et l’analyse des brevets constituent donc des outils précieux pour retracer l’origine de certains matériaux.

Un document historique, pas une validation sanitaire

Le brevet de Samuel Whitmarsh décrit les performances techniques recherchées, mais ne comporte aucune évaluation des risques liés à l’inhalation de fibres. Comme de nombreux documents industriels de cette période, il reflète une époque durant laquelle les propriétés fonctionnelles de l’amiante étaient mises en avant sans prise en compte de ses conséquences sanitaires.

L’« agatite » rappelle ainsi que l’histoire de l’amiante ne se résume pas aux matériaux de construction les plus connus. Elle comprend aussi des formulations expérimentales, des objets moulés et des procédés parfois surprenants, dont l’identification peut encore présenter un intérêt pour les professionnels de l'amiante.

Source

United States Patent Office, Samuel Whitmarsh, Improved Composition for Forming Moulded and Coated Articles, brevet américain n° 79 794, breveté le 7 juillet 1868 et antidaté au 27 juin 1868.

 

1868 brevet américain amiante agatite

Management
du risque sanitaire

Parce que le pire est prévisible,
nous vous préparons pour le meilleur.

Trouver mon agence