Santé publique France appelle à renforcer la prévention des expositions à l’amiante
Publié en juillet 2026, le troisième volet de l’étude « Sentiment d’information et perceptions des risques environnementaux » de Santé publique France présente les résultats du Baromètre de Santé publique France 2023. Parmi les six thématiques environnementales étudiées, l’amiante se distingue par une forte perception du danger sanitaire, mais aussi par d’importantes différences de niveau d’information selon l’âge, le sexe, la situation financière et la catégorie professionnelle.
Le 17 juillet 2026
Amiante : près de 8 Français sur 10 perçoivent un risque élevé pour la santé
Temps de lecture estimé : 6 minutes — Catégorie : Étude / Santé publique
Publié en juillet 2026, le troisième volet de l’étude « Sentiment d’information et perceptions des risques environnementaux » de Santé publique France présente les résultats du Baromètre de Santé publique France 2023. Parmi les six thématiques environnementales étudiées, l’amiante se distingue par une forte perception du danger sanitaire, mais aussi par d’importantes différences de niveau d’information selon l’âge, le sexe, la situation financière et la catégorie professionnelle.
Une enquête menée auprès de plus de 3 000 personnes
L’étude repose sur une enquête téléphonique réalisée par Ipsos entre le 14 février et le 27 mai 2023 auprès de 3 007 personnes âgées de 18 à 85 ans, résidant en France hexagonale et parlant français.
Les participants ont notamment été interrogés sur deux dimensions :
- leur sentiment d’être bien informés sur les effets sanitaires de l’amiante ;
- leur perception du niveau de risque que l’amiante représente pour la santé de la population.
Les résultats ont été pondérés afin de tenir compte de la structure de la population française. Les chercheurs ont également réalisé des analyses statistiques pour identifier les caractéristiques associées au sentiment d’information et à la perception du risque.
Cette méthodologie permet de dresser un état des lieux de la manière dont le risque amiante est perçu. Elle ne mesure toutefois pas directement les connaissances réelles des personnes interrogées.
66,3 % des personnes se déclarent bien informées sur l’amiante
Selon le Baromètre, 66,3 % des personnes interrogées déclarent être bien informées sur les effets de l’amiante sur la santé.
Dans le détail :
- 66,3 % se considèrent bien informées ;
- 29,4 % se considèrent mal informées ;
- 4,1 % déclarent ne jamais avoir entendu parler des effets sanitaires de l’amiante ;
- 0,2 % ne se prononcent pas.
L’amiante fait ainsi partie des thématiques environnementales pour lesquelles le sentiment d’information est le plus élevé, derrière les pollens. Ce résultat doit néanmoins être interprété avec prudence : se sentir informé ne signifie pas nécessairement maîtriser les risques, les situations d’exposition ou les mesures de prévention.
L’amiante est le risque environnemental jugé le plus préoccupant
L’étude montre surtout que l’amiante est la thématique associée à la plus forte perception du risque sanitaire parmi les sujets examinés.
Parmi les personnes ayant déjà entendu parler des effets sanitaires de l’amiante :
- 46 % estiment que le risque est très élevé ;
- 32,9 % considèrent que le risque est plutôt élevé ;
- 16,9 % jugent le risque plutôt faible ;
- 1 % estime qu’il n’existe aucun risque ;
- 3,2 % ne se prononcent pas.
Au total, 78,9 % des répondants perçoivent donc l’amiante comme présentant un risque élevé ou très élevé pour la santé.
Ce résultat place l’amiante devant la radioactivité et très largement devant les autres risques environnementaux étudiés. Il témoigne de la place particulière occupée par l’amiante dans la perception collective des dangers sanitaires.
Une meilleure information associée à une perception plus forte du risque
Le Baromètre met en évidence une relation entre le sentiment d’information et la perception du risque amiante.
Parmi les personnes qui se déclarent bien informées, 80,2 % perçoivent un risque élevé. Cette proportion atteint 76 % chez les personnes qui ne se considèrent pas bien informées.
Après prise en compte des autres caractéristiques étudiées, les personnes mal informées ou ne sachant pas se positionner apparaissent moins susceptibles de percevoir un risque élevé.
Ce résultat suggère qu’une information adaptée sur l’amiante peut contribuer à une meilleure reconnaissance du danger. L’objectif ne consiste cependant pas uniquement à rappeler que l’amiante est dangereux. Les messages de prévention doivent aussi permettre d’identifier les situations dans lesquelles des matériaux amiantés peuvent être rencontrés et les comportements permettant d’éviter une exposition.
Les jeunes adultes se sentent nettement moins informés
L’âge constitue l’un des principaux facteurs associés au sentiment d’information sur l’amiante.
La proportion de personnes déclarant être bien informées atteint :
- 45,5 % chez les 18-34 ans ;
- 61,9 % chez les 35-49 ans ;
- 78,7 % chez les 50-64 ans ;
- 79,7 % chez les 65-85 ans.
L’écart entre les générations est donc considérable. Moins d’un jeune adulte sur deux se considère suffisamment informé sur les effets sanitaires de l’amiante, contre près de quatre personnes sur cinq parmi les 50-85 ans.
Pour Santé publique France, ces résultats justifient un renforcement de l’information auprès des populations les plus jeunes, notamment dans les milieux scolaires, associatifs et professionnels. Cette sensibilisation paraît d’autant plus importante que les jeunes peuvent être amenés à intervenir dans des bâtiments anciens lors de travaux, d’opérations de rénovation ou d’activités de bricolage.
Les femmes se déclarent moins informées, mais perçoivent davantage le danger
Les résultats font également apparaître une différence importante entre les hommes et les femmes.
73,1 % des hommes se déclarent bien informés sur les effets sanitaires de l’amiante, contre 60,1 % des femmes.
La tendance s’inverse lorsque la perception du risque est examinée :
- 82,7 % des femmes perçoivent un risque élevé ;
- 74,9 % des hommes partagent cette perception.
Toutes choses égales par ailleurs, les femmes déclarent donc moins souvent être bien informées, tout en étant plus nombreuses à considérer l’amiante comme un risque sanitaire élevé.
Cette situation souligne la nécessité de proposer une information accessible à l’ensemble de la population, sans limiter les actions de prévention aux seuls secteurs professionnels traditionnellement associés au risque amiante.
Les employés et les ouvriers se sentent moins bien informés
Les différences sont également marquées selon la catégorie professionnelle.
Le sentiment d’être bien informé concerne :
- 78,9 % des cadres et professions intellectuelles supérieures ;
- 69,8 % des professions intermédiaires ;
- 61,7 % des ouvriers ;
- 53,9 % des employés.
Les employés et les ouvriers se déclarent donc moins souvent bien informés que les cadres. Pourtant, ils perçoivent plus fréquemment l’amiante comme un risque élevé pour la santé.
La proportion de personnes percevant un risque élevé atteint notamment 84,3 % chez les employés, 81 % chez les professions intermédiaires et 79,9 % chez les ouvriers, contre 72,6 % chez les cadres.
Selon l’analyse de Santé publique France, cette perception pourrait être influencée par l’expérience professionnelle, la formation à la sécurité ou la confrontation plus directe à des environnements susceptibles de présenter un risque d’exposition. Les professionnels peuvent ainsi devenir des relais importants de prévention auprès de leurs collègues, de leurs clients et de leur entourage.
La situation financière influence aussi le niveau d’information
Le sentiment d’information sur l’amiante diminue lorsque la situation financière devient plus difficile.
Il atteint :
- 75,3 % chez les personnes se déclarant financièrement à l’aise ;
- 68,7 % chez celles estimant que leur situation est satisfaisante ;
- 64,6 % chez celles déclarant que leur situation est juste ;
- 51,7 % chez celles rencontrant des difficultés financières.
Après ajustement statistique, les personnes en difficulté financière restent moins susceptibles de se déclarer bien informées que les personnes financièrement à l’aise.
Cette différence rappelle que l’accès à l’information sur les risques sanitaires peut être socialement inégal. Les campagnes de prévention doivent donc utiliser des supports et des canaux capables de toucher les publics les plus éloignés des dispositifs d’information traditionnels.
L’influence des programmes territoriaux de surveillance
Le Baromètre a également comparé les réponses selon que les personnes résident ou non dans un département couvert par le Programme national de surveillance du mésothéliome pleural.
Le sentiment d’information est presque identique dans les deux groupes : 66,2 % dans les départements couverts et 66,4 % dans les autres territoires.
La perception du risque diffère davantage. Dans les départements couverts par le programme, 81,9 % des personnes perçoivent un risque élevé, contre 77,3 % dans les départements non couverts.
Les auteurs estiment que la mobilisation locale des professionnels de santé et des acteurs de la surveillance a pu contribuer à développer une culture du risque amiante plus forte dans les territoires concernés.
Renforcer la prévention face aux expositions contemporaines à l’amiante
Pour Santé publique France, les résultats plaident en faveur d’un renforcement des actions portant sur les expositions contemporaines à l’amiante.
La forte perception du danger constitue un point positif, mais elle ne garantit pas que la population sache reconnaître les matériaux susceptibles de contenir de l’amiante ou adopter les bons réflexes avant des travaux. Le document insiste notamment sur la nécessité d’associer la prévention du risque amiante aux enjeux liés au bricolage, à la rénovation et aux interventions dans les bâtiments existants.
Les actions d’information doivent cibler :
- les travailleurs et les professionnels en formation ;
- les jeunes adultes ;
- la population générale ;
- les professionnels de santé ;
- les artisans et les professionnels susceptibles de conseiller les particuliers.
L’enjeu consiste à dépasser la simple connaissance du caractère dangereux de l’amiante pour développer une véritable culture de prévention des expositions.
Des résultats à interpréter avec précaution
Les auteurs rappellent plusieurs limites. Le Baromètre mesure un sentiment d’information, et non un niveau de connaissance vérifié. Il ne permet pas non plus d’identifier les sources utilisées par les répondants ni de déterminer s’ils distinguent les risques liés aux expositions ponctuelles de ceux associés aux expositions répétées.
Le mot « amiante », fortement associé au danger dans la perception collective, peut également avoir influencé les réponses.
Malgré ces limites, l’étude montre clairement que l’amiante reste un enjeu majeur de santé publique. Si près de huit personnes sur dix reconnaissent un risque élevé, certains publics, particulièrement les jeunes, les employés, les ouvriers et les personnes en difficulté financière, déclarent encore un niveau d’information insuffisant.
Source
Santé publique France, Sentiment d’information et perceptions des risques environnementaux – Troisième volet. Résultats du Baromètre de Santé publique France 2023, publication en juillet 2026. Enquête réalisée du 14 février au 27 mai 2023.
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